J’ai la conviction profonde que l’étiquette enferme. La connaissance de soi est au service de la liberté de l’individu. Apprivoiser les contours de son profil neuro-atypique apparaît comme proprement indispensable. Déjà pour ne pas mettre le pouvoir entre les mains d’autrui. Même si le personnel médical peut nous donner des repères à un moment donné, c’est important de s’approprier pleinement « son dossier », comprendre nos fonctionnements cérébraux, en quoi un épisode de grande vulnérabilité avait à un moment donné son explication, en quoi il était incontournable.
Personnellement, j’ai mis du temps à lier une amitié avec mon fonctionnement cérébral spécifique. Comprendre que j’avais une hyperactivité cérébrale, une pensée en arborescence, une hypersensibilité émotionnelle, une hyperempathie, qui me rendent unique. Cela a été un chemin relativement lent pour lier cette amitié, un chemin d’une dizaine d’années, où je suis passée du burn-out sévère, de la depression sévère, à la reprise de confiance progressive, dans la lenteur et la régénération. Je n’avais pas conscience que mon corps avait des limites. Je ne sentais pas la douleur. J’ai dû aller jusqu’à l’effondrement pour prendre conscience de ces incontournables. Lors de ce burn-out, des facteurs de stress additionnels étaient présents.

La frontière entre neuro-atypiques et neurotypiques est une illusion selon moi. Nous sommes tous concernés par la nécessaire discipline pour donner de l’attention à nos actions, nous sommes tous concernés par la régulation émotionnelle, le nécessaire ré-apprentissage du relationnel pour davantage de joie, de présence et de sens dans nos vies.
Ce chemin n’est pas linéaire, c’est un chemin cyclique qui va en spiralant avec des prises de conscience qui s’approfondissent.
Quand on est hyper-empathique, on a trop tendance à se mettre à la place de l’autre, cela crée de la confusion. C’est important de se mettre à la première place. Dans un groupe, cela peut être envahissant. La personne hyper-empathique va avoir tendance à ressentir toutes les émotions d’autrui quand elle arrive dans une salle avec un groupe.
Quand on se sent appartenir à la neurodiversité, il est important d’entreprendre ce voyage vers soi pour bien cerner en quoi son fonctionnement cérébral est spécifique et ce que ça implique, en termes de fatigabilité, de régulation émotionnelle, d’hyperempathie, de relationnel…
Priscilla Laulan