L’hypersensibilité et moi


L’hypersensibilité touche à tous les domaines, que ce soit le social, le personnel, le mental, l’intellectuel, le physique etc… et elle se décline de pleins de manières différentes et uniques chez chacun. Dans l’hypersensibilité, il y a le sentiment général d’être complètement décalé et en même temps hyper-branché sur le réel (le monde environnant, tous les objets et choses vivantes (ou non) qui le peuplent…).

Elle n’est pas l’identité de la personne ; c’est une dimension, un trait de caractère, une des facettes qui nourrit l’ensemble (de la personne), de la même manière que l’autisme avec ses voies d’expression infinies. De nombreuses personnes autistes se retrouveront d’ailleurs peut être dans l’hypersensibilité.
 Il est important de préciser que l’hypersensibilité provoque des affects variés, qui peuvent aller d’un sentiment incroyable, transcendant, d’« osmose » avec le moment présent, mais aussi, à l’autre bout du continuum (de la positivité) à des affects négatifs qui dépeignent l’externe comme un esprit intrusif et envahissant qu’il faut affronter.

Dans mon expérience personnelle, je me suis rapidement retrouvée à être plus dans la fuite, ce qui  entrave le sentiment d’être intégré et agrandit d’une certaine manière le gouffre illusoire dont nous persuadent nos sens entre le « moi » et le reste du monde.

L’hypersensibilité demande un effort de tous les moments, les stimuli reçus sont nombreux et très chargés en valeur (émotion et signification) et le cerveau a vite fait de se sentir dépassé, confus face à tant de choses à traiter et de réponses à fournir.

Il m’a toujours été très difficile de me concentrer, car il ne suffisait pas de fournir l’intérêt nécessaire à la tache à faire, ou bien à la personne à écouter, mais bien d’occulter toutes les choses environnantes, que ce soit des sons, le type de lumière, la température , les couleurs, les formes etc…

Il y a bien sûr un phénomène propre à ma personnalité anxieuse qui accentue le sentiment de devoir rester en alerte, de devoir surveiller tous les facteurs environnementaux pour prévenir le moment où ils deviendraient trop invasifs.

Lorsque j’étais au lycée, j’ai commencé à vivre une anxiété chronique basée en grande partie sur l’ambiance du lycée que je supportais mal. Les salles de classe en particulier sont devenues ma hantise ;  des petites salles remplies de personnes, une concentration,une effervescence de jeunes cerveaux hyper-activés et d’énergies déchaînées qui se heurtaient aux murs de la salle exiguë. Sans avoir vécu de harcèlement à proprement parler, je me sentais comme une proie, perdue au milieu d’une tempête de sable, pétrifiée, surexposée sous cette lumière jaunâtre ou blanche comme celle d’une salle d’opération.

Chaque expression faciale, chaque voix ou rire se superposaient et raisonnaient en écho dans une explosion chaotique, comme si tous les instruments d’un orchestre s’était mis à jouer des morceaux différents en même temps juste devant moi (et qu’en plus de cela, ils semblaient ne pas remarquer que le morceau n’était pas le même..). Je me sentais sollicitée de partout par mes sens autant que par mon mental en alerte avec une pression concomitante et très contradictoire de devoir me concentrer sur la leçon ,et ceci pendant des heures durant. A ce moment là, le cerveau n’imprime rien car le présent se perd dans le bourdonnement des sensations et l’angoisse qu’il procure.

Il est important de savoir construire et maintenir une façade solide entre son interne et l’externe quand il y a de l’hypersensibilité (bien que également vrai pour tous) pour ne pas tomber aux prises d’un affect négatif comme de l’angoisse et du coup se retrouver dans l’inhibition, la coupure et la fuite (ou en tout cas le désir de fuite) avec la réalité.

C’est dommage car il y a là un potentiel incroyable de compréhension, d’empathie et de symbiose même avec un extérieur très conscientisé. Dans un climat de sécurité et de confiance, c’est un ressenti intense mais vivifiant et émouvant qui découle des interactions (pas forcément seulement une personne mais tout le contexte physique). Cela peut aussi permettre des relations (amicales, amoureuses, fraternelles, etc..) extrêmement fusionnelles où la compréhension de l’autre peut être très profonde.

A Ludosens, où j’ai débuté mon stage il y a un peu plus d’un mois, je trouve pour la première fois un cadre qui me permet de ne plus subir le monde professionnel. C’est une évidence qu’il faut travailler, outre la rémunération financière, pour s’intégrer, car le travail est un des piliers de la sociabilisation et du coup de l’intégration sociétale ; il contribue à notre sentiment d’ être « utile » et de contribuer et nourrit par là notre bien être. Travailler devient rapidement une pression très forte et un déclencheur potentiel de déprime quand on ne se sent pas capable de s’adapter.

Je suis encore étudiante mais j’ai fait plusieurs petits jobs qui à chaque fois me faisaient vivre une violence psychologique inédite faite à moi même pour m’adapter alors que il y a tellement de solutions simples à mettre en place, tellement de tourments évitables à travers une adaptation minimale. Par exemple, j’ai ici à Ludosens la possibilité de m’isoler, déjà en termes physiques (il y a des espaces prévus à cet effet) mais surtout on m’en donne la liberté car le bien être est placé en priorité face à la productivité. Avant tout, Ludosens est un endroit qui ne réduit pas l’humain à l’état de machine mesurable par son efficacité au travail, et surtout qui ne détermine pas sa valeur et son mérite à ses capacités de sociabilité, à son assurance en superficiel. Ludosens écoute, réellement et s’adapte à chacun, mais surtout elle accepte les besoins et vulnérabilités de chacun et reconnait comme tout aussi valeureuses les personnes qui ne peuvent pas toujours démontrer la flexibilité d’intégration propre aux normes conventionnelles.

On ne me force pas à faire un travail qui me met mal à l’aise et on me fait confiance, on m’encourage à développer mon sens de ce que je peux accomplir, à me dépasser, avec le temps qui m’est nécessaire .
Ici, je me sens libre de vivre mes états d’angoisse et de les laisser s’exprimer au lieu de les contenir et honteusement les cacher (ce qui les rend plus destructifs et saillants). Je sais que cela ne m’exposera pas à de la stigmatisation ou à une exclusion qui peut se vivre de manière douloureuse et empirer un problème déjà bien invalidant dans un contexte autre moins bienveillant.

Ce témoignage est basé sur mon expérience personnelle et je suis consciente qu’une personne hypersensible n’est pas systématiquement confrontée à des affects négatifs de ce type avec quasiment une peur de la persécution (mais celle ci se développe relativement facilement dans un environnement non propice). Toute personne hypersensible nécessite une réponse également un minimum sensible ; Ludosens permet à chacun qui y travaille de grandir en apprenant à considérer l’autre plus en profondeur en prenant garde à ses particularités, ses vulnérabilités personnelles ; Ludosens enseigne la tolérance et promeut un rapport à l’autre beaucoup plus empathique et fructifiant.

Renée O’Sullivan

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