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Caroline Chabaud-Morin directrice de "Mes Mains en Or"

Ludosens : Quel est votre parcours ?

Le 7 juillet 2010, ma fille de 17 mois a perdu la vue brutalement suite à un cancer de la rétine. Après plusieurs mois de traitement, j’ai appris qu’elle ne reverrait plus. Je ne me suis pas laissée abattre. Je ne pouvais pas rester impuissante face au handicap de ma fille. Persuadée que la lecture est essentielle, j’ai misé sur son apprentissage. J’ai cherché les solutions pédagogiques adaptées, notamment des livres, et me suis vite confrontée à un problème : l’offre de solutions sur le marché était réduite et insuffisante. J’ai donc commencé à bricoler par moi-même en créant les livres, tout en lisant tout ce que je pouvais sur le développement de l’enfant. Il était évident pour moi qu’il était nécessaire que je m’investisse dans l’éducation de ma fille. Même si je n’étais pas une professionnelle, je pense que l’éducation part d’abord de la maison. J’ai eu des retours très encourageants et la transcriptrice du centre de limoges m’a proposé d’inclure du braille dans mes créations en me demandant pourquoi je ne créais pas une association. J’ai donc créé l’association en novembre 2010. Au début pour ma fille et ensuite un peu pour les autres.

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Domitille et un livre à toucher

Ludosens : Et aujourd’hui, où en est votre fille ?

Elle a 8 ans, elle est en CE1 et travaille très bien à l’école. Tout ce dont elle a besoin à l’école est transcrit en braille. Elle lit à une vitesse impressionnante aujourd’hui car elle a été stimulée dès le plus jeune âge. Je veux montrer à la société que c’est possible, le handicap n’est pas nécessairement synonyme de retard. Le retard n’est là que si l’on ne stimule pas suffisamment tôt. Au vu du regard de la société sur le handicap aujourd'hui, j'ai vite compris que pour que ma fille puisse choisir ce qu'elle fera plus tard, il faudra qu'elle soit la meilleure. Mon rôle est donc de lui donner le maximum d'outils pour qu'elle ait la possibilité d'y arriver.


Ludosens : Comment s’est structurée cette association ?

Mes mains en or a été financée au commencement par des dons de l’entourage. Une soirée au bénéfice de l'association a été organisée par la sœur de ma belle-sœur comédienne à Paris. J'ai ensuite fait des dossiers auprès de mécénats privés. En 2013, j'ai fait un dossier pour un emploi associatif à la région sur les conseils d'une élu qui m'avait vu faire un vide grenier aux bénéfice de l'association. Et j'ai donc pu me salarier. Aujourd'hui l'association ne gagne pas d'argent. Elle perd de l'argent sur chaque livre fabriqué. Nous fonctionnons pour le moment grâce à des subventions publiques et à du mécénat. Les livres que nous créons sont vecteur de lien social et valorisent l'enfant aveugle auprès de ses camarades de classe.

Ludosens : Quelle est votre approche de l’apprentissage de la lecture ?

Ce qui est intéressant c’est de stimuler tous les sens chez l’enfant aveugle. On pense souvent que seul le sens auditif est essentiel mais non. Il faut également apprendre à se servir de ces sons que l’on entend, les comprendre, et aussi, apprendre à toucher, comprendre ce que l’on touche, y mettre du sens.
En effet, il y a souvent chez les enfants aveugles un problème de verbalisme. En apparence, ce sont des enfants qui verbalisent beaucoup et qui ont beaucoup de vocabulaire. Mais quand on les questionne, qu’on essaie de rentrer dans les détails, on se rend compte que le sens n’est pas toujours présent derrière tous ces mots.
Pour donner un sens aux choses, on a tous besoin de représentation mentale, et ceci est également valable pour les enfants aveugles mais c’est un challenge. Il est donc fondamental de prendre leur main et de la guider pour qu’ils prennent le temps de toucher l’environnement extérieur. Des enfants n’ayant pas suffisamment pris cette habitude de toucher l’environnement, auront peur de se servir du toucher pour le découvrir, ce qui est fort dommage.
Par ailleurs, les enfant aveugles n’ont pas de vision globale, ils n’ont qu’une vision séquencée, c’est-à-dire qu’ils vont découvrir les choses au fur et à mesure contrairement aux voyants…

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Ludosens : Où en est l’association, aujourd’hui ?

L’association crée des livres tactiles qui peuvent être accompagnés d’audio. Elle fonctionne avec une équipe composée d’un salarié, d’un service civique et des bénévoles. Je refuse même des bénévoles. Les bénévoles sont souvent touchés personnellement par la question du handicap. Ce sont des femmes passionnées de scrapbooking et de loisirs créatifs. La production a augmenté en lien avec la demande. Nous vendons essentiellement aux familles qui ont des enfants déficients visuels, aux structures qui prennent en charge les enfants déficients visuels et aux bibliothèques. Nous proposons aujourd’hui aussi des ateliers de sensibilisation, d’information un peu partout dans des bibliothèques accueillant des élèves en école primaire.
Nous travaillons également sur de nouveaux projets numériques et sur un projet ludo-pédagogique : l’histoire de France racontée aux enfants, en braille et avec une approche tactile.
Nos sensibilisations servent à ouvrir l'esprit et le regard des enfants, qu'ils comprennent que même en étant aveugle, un enfant peut lire, peut vivre. Un handicap ne doit pas être synonyme de non-capacité mais de capacité qui marche différemment. C’est le regard des autres qui est handicapant avec cette fausse croyance que l’avenir d’un enfant en situation de handicap sera difficile. Personnellement, j'estime que ma fille aura un avenir, si déjà eux, veulent bien qu'elle en ait un, en ne la cantonnant pas à son handicap. Le manque de structures aujourd'hui pour sensibiliser et éduquer autour de ces questions est flagrant aujourd'hui et il est très difficile pour un parent de ne pas baisser les bras face au handicap de son enfant. Les parents ont besoin d'être accompagnés.

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